Le Coeur rayonnant et le Coeur enflammé

Coeur

Autore

Guénon, René

Il est des mots qui, sous l'influence de conceptions toutes modernes, ont subi, dans l'usage courant, une étrange déviation et comme un amoindrissement de leur signification originelle ; le mot « coeur » est de ceux-là. N'a-t-on pas aujourd'hui l'habitude, en effet, de faire « coeur », quand on le prend au fi-guré, exclusivement synonyme de « sentiment » ? Et n'est-ce pas pour cela que, comme l'a fait très jus-tement observer le R. P. Anizan (Regnabit, février 1926), on n'envisage généralement le Sacré-Coeur que sous l'angle restreint de la « dévotion », entendue comme quelque chose de purement affectif ? Cette façon de voir s'est même tellement imposée qu'on en est arrivé à ne plus s'apercevoir que le mot « coeur » a eu autrefois de tout autres acceptions ; ou du moins, quand on rencontre celles-ci dans cer-tains textes où elles sont par trop évidentes, on se persuade que ce ne sont là que des significations ex-ceptionnelles et, pour ainsi dire, accidentelles. C'est ainsi que, dans un livre récent sur le Sacré-Coeur, nous avons eu la surprise de constater ceci : après avoir indiqué que le mot « coeur » est employé pour désigner les sentiments intérieurs, le siège du désir, de la souffrance, de l'affection, de la conscience morale, de la force de l'âme (1), toutes choses d'ordre émotif, on ajoute simplement, en dernier lieu, qu'il « signifie même quelquefois l'intelligence » (2). Or c'est ce dernier sens qui est en réalité le pre-mier, et qui, chez les anciens, a été regardé partout et toujours comme le sens principal et fondamental, alors que les autres, quand ils se rencontrent également, ne sont que secondaires et dérivés et ne repré-sentent guère qu'une extension de l'acception primitive.

AttachmentSize
GuénonLeCoeurrayonnantetlecoeurenflammé_fr.pdf218.58 KB